Les informations les plus marquantes de la journée proviennent du Soudan.
Dans ce pays, une guerre civile brutale entre l’armée nationale et les FSR a déjà fragmenté le territoire en de multiples théâtres d’opérations actifs. Cependant, un front totalement inédit vient de s’ouvrir depuis la frontière avec le Soudan du Sud, introduisant un nouvel axe d’attaque et créant le risque que les forces gouvernementales soient prochainement frappées à revers.

Le 25 janvier, des responsables soudanais ont rapporté que les Forces de soutien rapide, la milice paramilitaire opposée au gouvernement, et le Mouvement populaire de libération du Soudan - Nord (MPLS-N), un mouvement rebelle soudanais historique, ont pénétré dans l’État du Nil Bleu depuis le Soudan du Sud pour ouvrir un nouveau front méridional. Ils ont progressé contre des positions situées aux abords d’Al-Sillik et de Milkan, étendant les combats à certaines parties du district de Bau, où ils se sont heurtés à la 4e division d’infanterie des Forces armées soudanaises (FAS), la formation gouvernementale chargée de la défense du secteur.

Des rapports indiquent également que les assaillants se sont emparés de Deim Mansour ainsi que de Bashir Nuqu et Khor al-Budi dans le district de Kurmuk, localités situées sur les axes frontaliers reliant le Soudan du Sud aux routes menant vers al-Damazin. Cette progression est stratégique car le corridor du Nil Bleu concentre les infrastructures routières et les habitations le long du fleuve ; son contrôle peut donc rapidement se traduire par la maîtrise des flux de mouvement et des lignes de ravitaillement.

Le conflit soudanais a débuté en avril 2023 après qu’une lutte de pouvoir a scindé l’État entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. Depuis lors, les deux belligérants utilisent la logistique comme une arme, car le contrôle des routes, des nœuds de communication et des corridors fluviaux prime souvent sur la possession de terrains inhabités. L’ouverture d’un nouveau front peut donc contraindre l’adversaire à défendre ses lignes d’approvisionnement au détriment de la concentration de sa puissance de feu sur d’autres secteurs.

L’offensive méridionale des FSR fait suite aux récents gains des FAS, qui ont réussi à briser l’encerclement de plusieurs villes et garnisons clés par les miliciens. Cela perturbe la stratégie principale des FSR, qui consiste à isoler les cités tenues par les FAS pour provoquer leur effondrement par siège. Les FAS ont réouvert des accès vers des localités comme Kadugli et al-Dalanj, rétablissant le transit terrestre pour le ravitaillement et les renforts, bien que les combats persistent à proximité. Ces avancées sont significatives, mais ne signifient pas l’effondrement des FSR, qui conservent leur mobilité et leur capacité de frappe contre les convois logistiques.

Ce pivot opérationnel explique pourquoi les FSR se sont déployées dans le Nil Bleu : un front sud oblige les FAS à détourner des unités initialement affectées au désenclavement des zones assiégées vers la protection de leurs arrières. Les FSR peuvent tenter cette manœuvre grâce à leur coopération avec la faction du MPLS-N dirigée par Abdelaziz al-Hilu, laquelle opère dans la zone frontalière et fournit des combattants familiers du terrain, capables de tenir les positions une fois les points de passage sécurisés.

Le MPLS-N s’aligne sur les FSR car les deux groupes partagent un ennemi commun en la personne des FAS ; cette coopération permet au mouvement d’affaiblir l’emprise gouvernementale et d’améliorer sa position de négociation à long terme. Le Soudan du Sud devient un pivot central puisque l’accès transfrontalier offre aux forces alliées aux FSR une zone arrière pour le déploiement et le réapprovisionnement, rendant ce nouveau front difficile à isoler. Cela crée les conditions d’une attaque à revers, la pression dans le Nil Bleu pouvant menacer les axes reliant les positions intérieures des FAS vers l’est et le centre du pays.

Toutefois, les FSR ne sont pas les seuls acteurs à étendre le conflit, l’Égypte s’affirmant comme un acteur ouvertement hostile aux paramilitaires et renforçant son dispositif militaire le long de la frontière nord du Soudan. Le Caire soutient les FAS et perçoit les FSR comme une force déstabilisatrice menaçant la stabilité régionale et la sécurité du Nil. En réponse à l’ouverture du front sud par les FSR, l’Égypte positionne des actifs militaires susceptibles de mener des frappes en territoire contrôlé par les FSR depuis le nord.

L’imagerie satellitaire a révélé la présence de drones Bayraktar Akinci sur la piste d’atterrissage égyptienne d’East Oweinat, à environ 60 kilomètres du Soudan. Ces drones peuvent rester en vol jusqu’à 24 heures, permettant une surveillance continue et des frappes de précision contre les convois et les pôles logistiques, ce qui pourrait exposer les lignes de ravitaillement des FSR loin derrière la ligne de front.

Globalement, l’offensive dans le Nil Bleu doit être analysée comme une tentative des FSR de reprendre l’initiative en élargissant le théâtre de la guerre, forçant les FAS à défendre de multiples fronts distants. Le risque pour les FSR est que l’extension du front n’étire excessivement leurs propres lignes de communication, créant davantage d’opportunités de rupture. Par ailleurs, la présence accrue de drones égyptiens introduit une nouvelle contrainte, car elle pourrait transformer les zones frontalières septentrionales en secteurs de surveillance et de frappe permanents. L’issue dépendra de la capacité des FSR à sécuriser et ravitailler leurs gains méridionaux plus rapidement que les FAS et leurs partenaires ne pourront exploiter les vulnérabilités engendrées par cette expansion.


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