Résistance et chaos en Syrie : le pays se fracture à nouveau

Jun 4, 2026
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Aujourd'hui, les principales nouvelles proviennent de Syrie.

Ici, de nouveaux foyers d'instabilité dans le nord-est kurde démontrent que les nouvelles autorités gouvernementales peinent encore à traduire leurs succès militaires en une structure étatique stable. Les tensions identitaires et les revendications d'autonomie locale mettent en exergue la fragmentation persistante de l'échiquier syrien, alors que des segments communautaires majeurs refusent toujours de s'intégrer aux conditions imposées par Damas.

À Hasakah, les troubles ont été déclenchés par l'apparition sur les édifices publics d'une nouvelle signalisation officielle expurgée de toute inscription en langue kurde kurmanji, le principal idiome utilisé par la composante kurde dans le nord-est de la Syrie. Les manifestants ont rapidement retiré ces panneaux, provoquant une escalade marquée par le décrochage des drapeaux syriens des axes routiers et des sites gouvernementaux, remplacés par les bannières kurdes et du Rojava. Les Forces démocratiques syriennes, la coalition à armature kurde qui opère actuellement comme le principal appareil de sécurité du nouveau gouvernement dans les anciens territoires kurdes, n'ont déployé que peu d'efforts pour contenir les protestations, ce qui démontre que Damas ne dispose pas encore d'une pleine allégeance sur le terrain.

Le nouveau gouvernement syrien ambitionne de restaurer un État unitaire et centralisé après près de treize ans et demi de guerre civile, période durant laquelle les différentes régions étaient contrôlées par leurs propres administrations et factions armées. Les zones qui étaient gérées par des institutions autonomes à direction kurde sont désormais censées réintégrer la juridiction centrale de Damas, tandis que les forces locales sont appelées à servir sous l'autorité de l'État plutôt qu'à s'y opposer.

Pourtant, cet objectif stratégique se heurte immédiatement à la réalité opérationnelle du nord-est syrien, un espace où Damas doit composer avec une pluralité de centres de pouvoir qui ne peuvent être ramenés sous le contrôle de l'État par le seul effet d'une victoire militaire. Du côté kurde, les SDF, la structure militaire à direction kurde, ainsi que les institutions locales développées autour d'elles — notamment le PYD comme principal parti politique, les YPG comme noyau combattant et l'Asayish comme service de sécurité intérieure — continuent de structurer la gouvernance et le contrôle local. Parallèlement, des milices tribales arabes opèrent dans les agglomérations d'Hasakah, de Raqqa et de Deir ez-Zor ; certaines d'entre elles ont un temps collaboré avec les Kurdes, mais se sont retournées contre l'hégémonie de ces derniers à mesure que Damas progressait à nouveau vers le nord-est. Au-delà, le gouvernement fait également face aux communautés alaouites sur le littoral, où la réintégration dépend moins de la fusion des structures armées que de la capacité à rassurer une minorité anxieuse quant à ses perspectives au sein du nouvel ordre politique.

Le pouvoir central a tenté d'atténuer les tensions en nommant le haut commandant kurde Sipan Hamo, figure de proue des milices YPG au sein des SDF, à des fonctions de direction de la Défense pour la région orientale, et en établissant des postes de contrôle conjoints où les symboles étatiques syriens et les emblèmes kurdes sont arborés côte à côte. Toutefois, ces mesures n'ont pas permis de régler le différend structurel lié au contrôle de l'administration locale, au statut juridique de la langue kurde et à la pérennité des institutions créées pendant le conflit. C'est pourquoi les manifestations d'Hasakah ont pris une tournure aussi explosive, car elles laissaient présager qu'un processus de réintégration imposerait une subordination culturelle avant l'obtention de garanties réelles. Le statut non résolu de l'usage de la langue kurde, combiné à la non-reconnaissance des diplômes délivrés par les institutions autonomes, a renforcé l'idée que Damas exigeait d'abord la soumission, reportant à plus tard la reconnaissance d'une égalité de statut.

La question des tribus arabes relève d'une dynamique différente, mais tout aussi critique pour la stabilité, car de nombreux clans syriens perçoivent l'autonomie kurde comme une menace directe et se montrent enclins à se mobiliser contre les SDF tout en appuyant l'action de Damas dans une logique de confrontation élargie. Si cela permet à Damas d'affaiblir la résistance kurde à court terme, cela ne génère pas pour autant un contrôle étatique effectif : les forces tribales privilégient leurs intérêts locaux et obéissent aux rapports de force fluides inhérents à la diplomatie clanique. Chaque fois que Damas s'appuie sur elles contre la composante kurde, le pouvoir renforce un acteur armé périphérique susceptible de s'opposer à l'autorité centrale avec la même vigueur à l'avenir.

La question alaouite sur la côte occidentale constitue une autre ligne de fracture. Sous le régime d'Assad, la quasi-totalité de l'élite dirigeante et des hauts responsables des appareils militaires et de renseignement était issue de la communauté alaouite, à commencer par la famille Assad elle-même. Par conséquent, l'action pénale et les procédures pour les crimes commis par l'ancien régime se concentrent inévitablement sur des membres de cette communauté. Toutefois, en raison de la gravité de ces crimes, un ressentiment généralisé s'est développé contre l'ensemble de la population alaouite, ciblée pour les exactions d'une minorité. Cela s'est traduit par des attaques ciblées contre les localités alaouites immédiatement après l'effondrement du régime d'Assad, avant que le nouveau gouvernement n'ait la capacité de centraliser le contrôle sur des groupes rebelles alors fragmentés et souvent radicaux. Cette situation a engendré de vives tensions et la crainte de violences à motivation ethnique, rendant la communauté méfiante à l'égard de la nouvelle direction syrienne. Pour le gouvernement actuel, l'enjeu consiste à trouver un équilibre entre la poursuite des loyalistes de l'ancien régime et la nécessité de rompre le lien social entre la figure d'Assad et les alaouites dans la société syrienne élargie, tout en garantissant à ces derniers des conditions de sécurité et le maintien d'un rôle visible au sein des forces armées, de la police et de l'administration du nouvel État syrien.

En somme, les troubles d'Hasakah indiquent que la prochaine phase d'instabilité en Syrie découlera des modalités mêmes du processus de réunification, alors que Damas tente de resserrer son contrôle sur des acteurs armés et des communautés minoritaires qui ne lui accordent pas une confiance entière. Chaque nouvelle mesure administrative vérifiera l'aptitude de l'État à étendre sa juridiction sans provoquer de nouveaux cycles de résistance. Ce scénario s'avère particulièrement dangereux, car les différends non résolus empêchent le gouvernement d'asseoir un contrôle durable dans les zones contestées. Cela laisse des marges de manœuvre à d'autres acteurs asymétriques, notamment aux cellules de l'État islamique, prêtes à opérer partout où l'autorité demeure faible et partiellement consolidée. Si Damas ne parvient pas à transformer son contrôle militaire en un ordre politique jugé acceptable par ses anciens rivaux et par les communautés minoritaires, la Syrie restera un système fragmenté, même en l'absence d'une reprise des hostilités à grande échelle.

06:17

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