Échec à Port-Soudan : la Russie perd le contrôle de Bab-el-Mandeb

Aug 17, 2026
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Depuis des années, la Russie ambitionne d'implanter une base navale à Port-Soudan, mais ce projet s'est mué en un revers stratégique dont le coût ne cesse de s'alourdir au fil du temps. Dès le lancement des négociations en 2020, Moscou recherchait un point d'appui permanent sur la mer Rouge susceptible d'étendre sa projection de puissance en direction de l'océan Indien.

Néanmoins, la guerre civile sudanaise opposant les Forces armées sudanaises (SAF) aux Forces de soutien rapide (RSF) a systématiquement perturbé le calendrier des accords e la planification de l'infrastructure navale russe. Dans ce contexte d'instabilité, la direction politique sudanaise a constamment modifié sa posture, alternant ratifications formelles de l'accord et phases de gel ou de report, tandis que des contraintes logistiques majeures ont empêché Moscou de transformer cet accord diplomatique en une base militaire opérationnelle. De surcroît, les installations de Port-Soudan ont été visées en mai 2025 par des attaques de drones imputées aux RSF, ce qui a achevé de fragiliser le projet. En conséquence, l'établissement de la base navale demeure au point mort alors que les concurrents stratégiques de la Russie disposent déjà de positions militaires consolidées dans l'ensemble de la région, privant Moscou d'un ancrage permanent au moment le plus inopportun.

De fait, Djibouti s'est imposé comme l'un des espaces les plus militarissés de la planète, abritant des infrastructures américaines, chinoises, françaises, italiennes et japonaises dont le rayon d'action couvre le golfe d'Aden e le détroit de Bab-el-Mandeb. Les États-Unis y exploitent Camp Lemonnier, leur emprise militaire la più importante et la plus capacitaire sur le continent africain, qui sert de plateforme pour les opérations antiterroristes et ancre la projection de puissance américaine dans la région. La Chine y a ouvert une importante base navale en 2017, marquant la création de sa première installation militaire outre-mer et garantissant sa présence permanente dans la zone. Le Japon y a implanté une base en 2011 pour conduire des patrouilles maritimes et des opérations de lutte contre la piraterie visant à sécuriser la navigation commerciale le long du couloir de la mer Rouge. La France s'appuie sur sa présence militaire historique à Djibouti pour mener des patrouilles régionales, des missions d'instruction e des déploiements rapides dans la Corne de l'Afrique et le corridor de la mer Rouge. L'Italie s'appuie quant à elle sur une structure plus modeste à Djibouti pour soutenir les initiatives de l'Union européenne en matière de sécurité maritime e de lutte contre la piraterie.

Dans le même temps, en Somalie, la Turquie a consolidé ses positions grâce à une mission d'entraînement militaire pérenne et à sa base de Mogadiscio, ancrant sa présence sur le flanc occidental du golfe d'Aden. En parallèle, les Émirats arabes unis ont développé les infrastructures portuaires et aéroportuaires de Berbera pour en faire un pôle logistique et militaire majeur, y intégrant des infrastructures durcies, des systèmes de défense antiaérienne et des installations pour drones qui accroissent considérablement la valeur stratégique du site. À mesure que les travaux de la base prenaient forme, les États-Unis ont également obtenu un accès aux installations de Berbera par l'entremise des Émirats, exploitant le site pour des vols de reconnaissance et du soutien logistique à proximité du détroit de Bab-el-Mandeb.

La course aux positions stratégiques autour de la mer Rouge et du détroit de Bab-el-Mandeb est stimulée par l'importance critique croissante des verrous maritimes e par la vulnérabilité avérée de ces passages resserrés. Le déclenchement du conflit iranien a démontré à quel point l'économie pétrolière mondiale et le commerce international demeuraient tributaires de la fluidité du détroit d'Hormuz après sa fermeture effective. Les attaques menées par les Houthis en mer Rouge ont confirmé ce constat en perturbant directement le trafic maritime commercial le long du couloir de Bab-el-Mandeb. En pratique, les frappes contre les navires marchands ont prouvé que la circulation dans le détroit de Bab-el-Mandeb pouvait être directement entravée, le trafic maritime faisant encore aujourd'hui l'objet de déroutements ou de retards systématiques autour du détroit. L'importance stratégique de Bab-el-Mandeb est tout aussi vitale que celle du canal de Suez, ces deux points d'étranglement délimitant le même axe maritime reliant l'océan Indien à la mer Méditerranée. Toute instabilité ou tout blocage sur ces verrous étroits produit des ondes de choc en Europe, en Asie et dans le Golfe, contraignant les navires à contourner le cap de Bonne-Espérance au prix de rallongements de traversée et de surcoûts considérables. C'est pourquoi les puissances à ambition globale développent ou modernisent des emprises leur permettant de surveiller la navigation aux points névralgiques, de dissuader leurs rivaux et d'intervenir rapidement en cas de crise.

Au final, l'échec russe à Port-Soudan ne représente pas seulement un obstacle logistique pour les ambitions aficaines de Moscou, mais traduit un retard stratégique plus profond à un moment où le corridor de la mer Rouge devient l'un des espaces maritimes les plus disputés au monde. Alors que ses rivaux accroissent leur levier d'action sur le détroit de Bab-el-Mandeb, la Russie reste privée d'ancrage au Soudan et se laisse distancer à mesure que ses concurrents consolident leurs emprises autour du couloir maritime. La conjoncture rend ce revers particulièrement préjudiciable pour Moscou, qui se retrouve sans présence permanente en mer Rouge au moment précis où les évènements d'Hormuz e de Bab-el-Mandeb démontrent tout le levier stratégique que procure le contrôle de ces verrous maritimes.

04:56

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