Des nouvelles alarmantes nous parviennent aujourd'hui du golfe Persique.
L'Iran menace de s'en prendre aux câbles sous-marins assurant le transit des données entre les États du Golfe, l'Asie et l'Europe. Toute attaque contre ces infrastructures perturberait la colonne vertébrale de l'internet mondial et endommagerait un système bien plus complexe à restaurer que les flux pétroliers transitant par le détroit d'Ormuz.

Téhéran instrumentalise sa géographie comme un levier stratégique, plusieurs câbles de télécommunications majeurs traversant le détroit d'Ormuz, tandis que d'autres lignes clés sont concentrées dans les eaux omanaises adjacentes. Dans la pratique, cela confère aux forces iraniennes la capacité de menacer les routes de communication essentielles. L'ampleur du danger s'éclaire dès lors que l'on examine la nature des flux transportés : ces câbles gèrent le volume massif du trafic de données international indispensable aux paiements transfrontaliers, à l'accessibilité des services cloud, des plateformes numériques et des logiciels d'entreprise, ainsi qu'à l'interconnexion des réseaux étatiques avec les systèmes extérieurs de coordination et de communication sécurisée.

Une rupture des câbles à Ormuz affecterait prioritairement les États du Golfe et l'Inde, qui seraient contraints de basculer leur trafic sur des routes de secours moins nombreuses, fragilisant ainsi l'ensemble du réseau. Ce scénario s'inscrit dans les méthodes de la guerre moderne, où la cible n'est plus seulement militaire, mais repose sur les infrastructures assurant le fonctionnement des États. En ce sens, l'Iran suivrait la doctrine russe consistant à traiter les infrastructures sous-marines comme un point de vulnérabilité stratégique, dont la disruption impacte la finance, les communications, la logistique et la coordination militaire bien au-delà de la zone d'attaque. L'objectif n'est pas la destruction d'un objet isolé, mais la création de dysfonctionnements systémiques au sein d'un réseau global.

Par ailleurs, la menace ne se limite pas au golfe Persique. Les alliés Houthis de l'Iran sont positionnés près de Bab el-Mandeb, un autre point de passage névralgique où convergent routes maritimes et câbles sous-marins. Cela soulève la perspective d'une pression exercée simultanément sur deux goulots d'étranglement maritimes, l'Iran se concentrant sur Ormuz tandis que son réseau de proxys maintient la pression en mer Rouge. Si la disruption s'étend à la mer Rouge, l'impact s'amplifiera considérablement car ce corridor supporte une part bien plus importante du trafic de données entre l'Asie et l'Europe, entraînant une dégradation généralisée de la vitesse, de la stabilité et de la fiabilité des réseaux à l'échelle mondiale.

Même des dommages limités sur ces routes sous-marines peuvent avoir des effets disproportionnés, aggravés par la localisation des câbles et la complexité des opérations de maintenance. La réparation de ces infrastructures dépend de navires spécialisés capables de localiser et de remonter les câbles, de l'autorisation d'opérer en toute sécurité et de conditions météorologiques clémentes pour effectuer des travaux techniques de précision. En situation de conflit actif, ces conditions deviennent impossibles à réunir, l'Iran visant à empêcher toute intervention. Les navires de réparation pourraient se voir interdire l'accès à la zone en raison des menaces liées aux missiles, aux drones, aux mines ou aux interceptions navales.

Même si un bâtiment parvient sur zone, les équipes de maintenance auraient besoin de sécurité et de temps pour localiser la section endommagée, la remonter, effectuer les soudures et la redéposer sur le fond marin. Chaque étape pourrait être interrompue par une reprise des activités militaires ou par le simple risque d'une nouvelle frappe.

Cette situation est déjà une réalité régionale : Alcatel Submarine Networks a suspendu ses travaux sur le projet de câble sous-marin 2Africa Pearls, une route de données internationale majeure soutenue par Meta, jugeant les opérations trop risquées face à l'instabilité liée à l'Iran.

Globalement, l'Iran s'abstient encore de sectionner les câbles sous-marins, conscient que l'impact d'une telle action pourrait provoquer une escalade majeure. Une telle initiative affecterait simultanément de nombreux pays et entreprises, déclenchant une réponse politique, militaire et économique internationale d'une ampleur inédite contre le régime iranien. Le sabotage de câbles sous-marins constituerait une escalade bien plus grave que l'attaque d'un port ou d'une base isolée. Toutefois, si la menace se concrétise, le trafic peut être redirigé vers des systèmes de câbles alternatifs ou des réseaux terrestres ; cela n'élimine pas la perturbation mais en réduit significativement l'effet global, malgré une dégradation des performances.


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