Les anciens ennemis libyens s'unissent pour expulser la Russie du pays

Sep 15, 2026
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Pour la première fois, les forces de l'Armée nationale libyenne basées dans l'est et celles du Gouvernement d'unité nationale basées dans l'ouest se sont entraînées conjointement lors de l'exercice Flintlock deux mille vingt-six, dirigé par les États-Unis à Syrte. Cette évolution revêt une portée majeure dans la mesure où les deux parties constituait autrefois des belligérants irréconciliables s'étant affrontés directement au cours de la guerre civile libyenne.

À l'issue de cet entraînement commun à Syrte, l'Armée nationale libyenne et le Gouvernement d'unité nationale ont continue d'élargir le périmètre de leurs activités conjointes. Leur coopération s'est rapidement étendue au-delà du cadre national lorsque les deux parties ont pris part à l'exercice Efes deux mille vingt-six en Turquie. Un effectif global de trois cent trente et un personnels de l'ANL et de cent soixante et onze personnels du GUN y a participé, opérant de concert sous un unique drapeau libyen. Durant ces manœuvres, des instructeurs turcs les ont formés aux opérations de débarquement amphibie, au déminage, à la neutralisation d'engins explosifs improvisés, à l'aménagement de positions fortifiées ainsi qu'aux techniques des forces spéciales. Toutefois, la Turquie n'est pas le seul acteur soucieux de rapprocher les forces rivales libyennes. La France a également proposé la création d'un Corps d'armée libyen unifié afin de contrecarrer l'influence croissante de l'Africa Corps russe en Libye. Pour faire avancer cette option stratégique, Paris intensifie ses contacts directs avec Khalifa Haftar.

La rivalité entre l'Armée nationale libyenne et le Gouvernement d'unité nationale s'est développée après la chute du régime de Muammar Kadhafi lors de l'insurrection soutenue par l'Otan en deux mille onze. Luttant pour le contrôle du pouvoir politique et militaire, les deux factions ont établi des centres d'autorité distincts, scindant la Libye en deux blocs oriental et occidental. Le gouvernement reconnu par la communauté internationale contrôlait l'ouest avec l'appui militaire de la Turquie, tandis que les forces commandées par Khalifa Haftar contrôlaient la majeure partie de l'est avec le soutien de la Russie. En deux mille dix-neuf, Haftar a lancé une offensive pour s'emparer de Tripoli, mais les engagements se sont prolongés jusqu'en deux mille vingt. À la suite de l'échec de cette offensive et au terme de mois de négociations entre délégués des deux camps, un accord de cessez-le-feu a été signé cette année-là. Ce cessez-le-feu a permis de réduire les affrontements majeurs sans toutefois résoudre les divisions politiques et militaires structurelles du pays. Cependant, après des années d'affrontement, une nette amélioration des relations entre les deux ensembles s'observe désormais.

Actuellement, l'ANL basée dans l'est et le GUN basé dans l'ouest s'acheminent vers une réconciliation politique parallèle à leur rapprochement militaire. Par l'entremise de la médiation conduite par le représentant des États-Unis Massad Boulos, les deux parties ont validé en avril le premier budget national unifié de la Libye depuis deux mille treize. Dans le même temps, Washington soutient les initiatives libyennes visant à établir un nouveau Conseil présidentiel et à préparer des élections à l'échelle nationale. En outre, avec le concours des États-Unis, de l'Arabie saoudite et du Qatar, le Pakistan élabore un cadre de partage du pouvoir s'étalant sur trente-six mois. Selon le schéma proposé, Abdul Hamid Dbeibah, du Gouvernement d'unité nationale, occuperait les fonctions de Premier ministre, tandis que Saddam Haftar, de l'Armée nationale libyenne, prendrait la tête du Conseil présidentiel.

Moscou a tiré un parti stratégique durable de la division politique et militaire de la Libye, ainsi que de ses ressources naturelles. Depuis deux mille dix-huit, le groupe Wagner, puis son successeur l'Africa Corps, ont apporté un soutien militaire et politique aux forces de Khalifa Haftar, permettant à la Russie d'établir en contrepartie un solide ancrage dans l'est libyen. La Russie a tiré parti de cette position pour transformer le territoire libyen en un corridor logistique majeur permettant le transit de troupes, d'armements et de matériels militaires vers le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la République centrafricaine. En conséquence, si l'est et l'ouest de la Libye se réunifient véritablement pour former une armée nationale unique, la dépendance du camp Haftar à l'égard de l'assistance militaire russe diminuera drastiquement. Cette dynamique affaiblira la capacité de Moscou à maintenir ses bases militaires et ses lignes de ravitaillement en Libye, ce qui fragiliserait les fondements mêmes de sa stratégie globale en Afrique subsaharienne.

Au global, la participation conjointe des deux forces rivales libyennes à ces deux exercices conduits à Syrte et à Izmir démontre que la fracture militaire historique se résorbe progressivement. Parallèlement, des puissances internationales telles que les États-Unis, la Turquie, la France et le Pakistan conjuguent leurs efforts pour faciliter la réunification des camps oriental et occidental. Si cette dynamique de coopération se maintient, elle ouvrira la voie à un processus politique susceptible de régler les différends relatifs à la répartition du pouvoir et aux institutions étatiques, permettant in fine à la Libye de se doter d'un gouvernement à l'issue de scrutins démocratiques paisibles. En cas de succès de ce rapprochement, Moscou perdrait sa position stratégique en Libye, ce qui amoindrirait sa capacité de projection de puissance dans le Sahel et sur l'ensemble du continent africain.

04:59

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