Les Houthis ont annoncé un blocus des ports de l'Arabie saoudite. Cette initiative fait suite à la reprise des hostilités entre les États-Unis et l'Iran, lesquelles mettent de nouveau en péril la navigation par le détroit d'Hormuz. L'escalade a incité les Houthis à étendre leur menace au détroit de Bab-el-Mandeb au moment le plus critique pour Riyad.

L'annonce du blocus a été immédiatement suivie d'effets opérationnels, les Houthis ayant ciblé deux jours plus tard deux pétroliers saoudiens qui avaient enfreint l'interdiction de navigation décrétée. Les insurgés yéménites ont affirmé avoir employé des missiles balistiques et des drones, tandis que Riyad a confirmé l'implication d'un incendie à bord de l'un des navires. Quelques jours plus tard, les Houthis ont revendiqué une nouvelle attaque contre le pétrolier saoudien NCC Ghazal, qui aurait ignoré les avertissements radio et poursuivi sa route vers le détroit. Le bâtiment a par la suite fait demi-tour et modifié sa trajectoire, bien qu'aucun impact direct ni dommage n'ait été confirmé de manière indépendante. Par ailleurs, deux navires chinois transportant du pétrole saoudien ont été initialement éconduits après avoir reçu des sommations des Houthis à l'approche de Bab-el-Mandeb, ce qui a contraint les deux bâtiments à altérer leur cap; toutefois, après avoir obtenu l'autorisation des Houthis, les deux navires ont pu franchir le détroit le lendemain. Ce mode opératoire reproduit le dispositif de filtrage imposé par l'Iran à Hormuz, où les navires jugés neutres ou non hostiles bénéficient d'un passage sécurisé tandis que les autres demeurent exposés. Cela confère aux Houthis un levier stratégique équivalent à celui de Téhéran, leur permettant de réguler le flux maritime et de déterminer quels bâtiments peuvent naviguer en sécurité ou rester vulnérables à des frappes.

L'Iran continue d'alimenter son relais régional en drones et en missiles, permettant aux Houthis d'intensifier à nouveau leurs opérations. Cette campagne sert également les intérêts de Téhéran en accentuant la pression sur l'Arabie saoudite et les États-Unis, tout en offrant au pouvoir iranien une capacité de déni plausible quant à son implication directe. À cette fin, les Houthis ont également tiré des drones et des missiles directement contre le territoire saoudien, ciblant en particulier les infrastructures portuaires de Jazan et de Yanbu. Des imageries satellitaires ont mis en évidence des panaches de fumée à proximité des installations pétrolières de Jazan et du terminal de Yanbu, bien que l'ampleur exacte des dégâts n'ait pas été formellement établie.

En particulier, le terminal de Yanbu revêt une importance névralgique pour les exportations brutes saoudiennes, puisqu'il constitue l'un des deux débouchés occidentaux de l'oléoduc Est-Ouest, conçu pour contourner le détroit d'Hormuz. L'Arabie saoudite avait développé l'axe de Yanbu précisément pour s'affranchir du moyen de pression iranien sur Hormuz, mais cette même voie d'évacuation se trouve désormais tributaire d'un second point de passage soumis à la menace d'une force alignée sur Téhéran. La route de la mer Rouge ne saurait se substituer à la totalité des exportations habituelles, mais elle permet de compenser une partie des capacités perdues.

Ce nouveau blocus intervient immédiatement après un nouveau cycle d'escalade entre Washington et Téhéran, consécutif à la violation par l'Iran de l'accord préliminaire conclu entre les deux parties. Exprimant son rejet des termes convenus, l'Iran a repris ses actions de harcèlement contre le trafic maritime dans le détroit d'Hormuz, entraînant les échanges de tirs de missiles documentés dans le rapport précédent. Ainsi, les attaques des Houthis ouvrent un second front contre l'Arabie saoudite, partenaire clef des États-Unis, tout en permettant à Téhéran de dégager sa responsabilité directe dans cette détérioration sécuritaire. Les États-Unis ont néanmoins affirmé qu'ils tiendraient l'Iran pour responsable des agissements des Houthis. Washington a exigé l'arrêt immédiat des hostilités et menacé de mesures de rétorsion en cas de poursuite des attaques.

Au global, les attaques et le blocus imposés par les Houthis contre la flotte et les installations portuaires saoudiennes créent un second point de strangulation contrôlé, au moment même où Riyad cherche à s'émanciper de la dépendance envers Hormuz. Si l'Arabie saoudite demeure la première touchée, le cumul des facteurs de risque maritime entre Hormuz et Bab-el-Mandeb provoque une nouvelle hausse des cours mondiaux du pétrole, que les États-Unis s'étaient efforcés de contenir après la fermeture d'Hormuz. Washington et Riyad vont devoir trancher un dilemme stratégique quant au mode de riposte : la voie négociale réduirait le risque immédiat mais offrirait aux Houthis un ascendant politique sur un axe maritime vital pour les États du Golfe, tandis que l'organisation de escortes navales pèserait lourdement sur des ressources maritimes déjà sous tension. Un regain de frappes aériennes constituerait la riposte la plus ferme, mais solliciterait davantage les stocks américains de missiles d'interception et de munitions de précision, déjà entamés par l'affrontement prolongé avec l'Iran.



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