Aujourd’hui, des nouvelles intéressantes viennent de la Fédération de Russie.
Ici, le déficit du budget de l’État russe s’est élargi à un point tel qu’il ne peut plus être dissimulé. Le gouvernement russe arrive à court de manœuvres comptables et de projections optimistes, tandis que la guerre continue de consumer même les réserves de précaution autrefois considérables.

Après quatre années consécutives de déficits liés à la guerre, l’année 2025 s’est achevée avec un manque à gagner d’environ 5,6 billions de roubles, soit près de 73,4 milliards de dollars américains, le plus important déficit nominal de l’histoire moderne de la Russie. Pour 2026, le plan officiel prévoit un écart plus réduit, mais même des responsables russes reconnaissent en privé que ce chiffre est totalement irréaliste. Face à la montée des pressions sur les dépenses, le Kremlin s’efforce désormais de trouver jusqu’à 1,2 billion de roubles supplémentaires, soit environ 16 milliards de dollars, simplement pour stabiliser les principaux indicateurs budgétaires, en plus d’un objectif de déficit déjà révisé. La baisse des revenus énergétiques et les remises imposées par les sanctions sur les exportations de pétrole ont mis en lumière la fragilité de l’équilibre budgétaire russe, transformant ce qui était présenté comme un écart gérable en un trou structurel.

La raison fondamentale de cet effondrement est que la guerre s’avère bien plus coûteuse et bien plus longue que prévu initialement. La Russie est entrée dans l’invasion en s’attendant à une campagne courte avec une pression financière limitée. Elle fait désormais face à un conflit prolongé et de haute intensité qui exige un financement constant pour l’acquisition d’armements, les salaires du personnel, les indemnisations et la logistique.


Ces coûts se sont accumulés année après année, tandis que la partie recettes du budget s’est détériorée. Les exportations d’énergie, longtemps pilier des finances publiques, sont sous pression, alors que les secteurs non énergétiques ne peuvent pas compenser à une échelle comparable et que la croissance économique reste faible, limitant les recettes fiscales.


Pour combler les déficits précédents, le gouvernement s’est largement appuyé sur ses réserves de précaution. Le Fonds national de bien-être, autrefois symbole de résilience financière, a été progressivement vidé : avant la guerre, il détenait 113 milliards de dollars, et en janvier 2026 ce montant était tombé à 52 milliards de dollars.

Cependant, une grande partie de ce qui reste est immobilisée dans des investissements peu liquides, ce qui réduit son utilité en tant que stabilisateur. Les réserves d’or ont également été partiellement liquidées, utilisées comme moyen d’échange pour des importations civiles et militaires. L’emprunt et la création monétaire ont comblé une partie du déficit, mais à un coût croissant. La dette intérieure a fortement augmenté, atteignant 61 billions de roubles en septembre 2025.

Les taux d’intérêt restent élevés à 16 % et, malgré des efforts pour les réduire, ils se comparent très défavorablement aux 3 à 4 % aux États-Unis et aux 2,15 % dans l’Union européenne. L’augmentation des impôts risque d’aggraver la stagnation et le mécontentement public, tandis que l’impression de monnaie alimente l’inflation et fragilise la stabilité du rouble.

La solution la plus logique, à savoir une réduction des dépenses militaires, est politiquement impensable, car la direction russe insiste pour poursuivre la guerre, alors même qu’elle ne dispose plus que d’un éventail de plus en plus restreint d’outils imparfaits, dont aucun ne peut réellement combler un déficit d’une telle ampleur sans provoquer des dommages économiques plus larges.

En conséquence, les recettes ne suffisent plus à couvrir la charge combinée de la guerre et des obligations intérieures. Les dépenses de défense, les services de sécurité et les indemnisations liées au conflit entrent directement en concurrence avec les pensions, la santé, l’éducation et les subventions régionales. Pour les ménages, les effets se manifestent par l’inflation et la dégradation des services publics, tandis que pour les entreprises, les taux d’intérêt élevés et le crédit contraint freinent l’investissement.


Les analystes soulignent de plus en plus que le budget de l’État approche de l’épuisement, non pas parce que la Russie manque de ressources en termes absolus, mais parce que la structure des dépenses est devenue insoutenable, près de 40 % des dépenses étant liées à la guerre, ce qui laisse peu de marge pour absorber des chocs ou s’adapter à des conditions défavorables.


Cette tension budgétaire alimente également la pression politique, car il devient de plus en plus difficile de justifier un conflit qui consomme une part aussi importante des ressources nationales alors que le niveau de vie stagne et que les perspectives de croissance future s’érodent. Plus la guerre se prolonge, plus le compromis entre ambition militaire et stabilité intérieure devient aigu, des voix critiques se faisant déjà entendre jusque dans les parlements russes.

Dans l’ensemble, le temps financier de la Russie est compté. L’élargissement du déficit, l’épuisement des réserves et les options politiques limitées indiquent que la trajectoire actuelle ne peut être soutenue indéfiniment. Dans ce contexte, le retour des discours sur des négociations et un engagement diplomatique apparaît moins comme un signe de confiance que comme une tentative de gagner du temps. Pour la direction russe, toute pause devrait être perçue comme une occasion de ralentir l’hémorragie budgétaire et d’empêcher que la guerre ne fasse s’effondrer complètement les finances publiques. Reste à savoir si elle l’envisage ainsi, mais le conflit a poussé les finances russes à un point de rupture, et le coût de sa poursuite augmente plus vite que l’État ne peut se le permettre.


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