Aujourd’hui, les nouvelles les plus importantes viennent d’Europe.
Ici, les responsables reconnaissent ouvertement que le plafond sur le prix du pétrole russe n’influence plus réellement le comportement de la Russie. Ce qui est présenté comme un ajustement de politique limité constitue en réalité le premier signe que l’Europe se prépare à modifier le mode d’application des règles en mer.

L’Union européenne discute désormais ouvertement d’un passage du plafond sur le prix du pétrole à une interdiction totale des services maritimes soutenant les exportations de pétrole russe. L’objectif n’est plus d’ajuster les seuils ou de peaufiner les règles de conformité, mais de remplacer complètement le cadre du plafond. Sur le plan politique, cela indique que l’UE ne considère plus le plafond comme un outil pouvant être corrigé par de petites modifications.

La pression monte car les exportations pétrolières russes sont de plus en plus contraintes par un nombre limité de voies maritimes incontournables. Sur le papier, le dispositif d’application semble déjà solide. La plupart des exportations russes par mer passent par la mer Baltique et la mer Noire, ce qui concentre inévitablement le trafic des pétroliers sur un petit nombre de routes maritimes bien connues.

Le Royaume-Uni a affirmé disposer de la base légale pour arrêter et inspecter les pétroliers de la flotte fantôme transitant par la Manche, et des responsables de l’UE ont déclaré que si l’application était activée là-bas, ils étaient prêts à intercepter les cargaisons de pétrole russe et à fermer la mer Baltique aux exportations russes. En théorie, cette combinaison devrait laisser peu de cachettes aux exportations russes et donner aux États européens les moyens d’agir de manière décisive.

Cependant, dans la pratique, l’application n’a pas franchi cette étape. Le Royaume-Uni, bien que ne faisant plus partie de l’UE, reste étroitement aligné sur elle en matière de sanctions et suit souvent ses positions diplomatiques et d’application, mais il se limite encore à surveiller les mouvements de la flotte fantôme au lieu d’intercepter régulièrement les navires en transit.


Les récentes actions de l’Espagne illustrent la même hésitation, après avoir escorté le pétrolier sanctionné Chariot Tide hors des eaux espagnoles vers le port marocain de Tanger Med plutôt que de le retenir. Le navire avait perdu sa propulsion près des côtes espagnoles, et les autorités ont traité la situation comme un problème de sécurité maritime plutôt que comme un moyen d’appliquer les sanctions.


Cet écart entre l’autorité déclarée et le comportement réel est précisément la raison pour laquelle l’UE envisage maintenant une mesure plus radicale : sur le papier, les outils existent, mais en réalité, les États choisissent souvent de ne pas les utiliser.

Les gouvernements hésitent principalement en raison des risques juridiques et financiers, même s’ils comprennent déjà comment la Russie contourne les règles. Intercepter ou retenir un pétrolier soulève des questions complexes de droit maritime, de responsabilité de l’État du pavillon et de qualification du navire comme pratiquement apatride. La détention expose également les gouvernements à des poursuites de la part des propriétaires et assureurs, ainsi qu’à des responsabilités si un incident cause des dommages environnementaux. Dans ce contexte, surveiller semble plus sûr qu’agir, même lorsque les outils d’application existent techniquement.

Cette hésitation juridique explique pourquoi l’UE et le Royaume-Uni se dirigent désormais vers une interdiction totale des services maritimes soutenant les exportations de pétrole russe. Le problème du système actuel est que l’application repose sur la vérification des prix et des documents, ce qui laisse aux pétroliers de la flotte fantôme le temps de continuer à circuler pendant que les autorités hésitent. Une interdiction totale simplifie la situation en posant une règle claire : le transport de pétrole russe utilisant des assurances, services maritimes ou services connexes occidentaux devient illégal. Avec le système actuel, les pays peuvent continuer à retarder les actions tout en examinant les documents et en évaluant la conformité.

Avec une interdiction totale, cette option disparaît. Si un pétrolier transportant du pétrole russe est autorisé à traverser leurs eaux sans action, les autorités permettent directement une activité illégale selon leurs propres règles. Cela inverse complètement la pression, car ne rien faire devient la violation. En termes simples, l’interception cesse d’être un choix politique et devient le moyen fondamental pour les gouvernements de démontrer qu’ils appliquent l’interdiction.

Dans l’ensemble, l’important n’est plus tant de savoir comment les règles sont rédigées que de savoir si les pays européens sont prêts à les faire respecter. Si une interdiction totale des services maritimes est mise en place et suivie par le Royaume-Uni, le résultat ne sera pas l’arrêt immédiat des exportations russes, mais des retards croissants, des problèmes d’assurance et des risques accrus pour chaque cargaison.

Avec le temps, cette pression laissera aux exportateurs moins d’options viables, les obligeant soit à accepter des coûts et des risques plus élevés, soit à réduire les volumes. L’idée est qu’une fois que l’ignorance des violations devient coûteuse en soi, l’arrêt des navires devienne la réponse normale plutôt que l’exception.


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